Avortement : Monaco résiste à la pression idéologique
La visite du pape Léon XIV à Monaco, ce samedi 28 mars, ne se limite pas à un événement diplomatique ou spirituel. Elle met en lumière une réalité souvent ignorée en Europe : celle d’un État qui continue de protéger juridiquement la vie humaine avant la naissance.
Le diocèse monégasque n’hésite pas à qualifier cette venue de « moment historique hautement révélateur ». Et pour cause : elle souligne les liens étroits entre la principauté et la tradition catholique, notamment sur des questions sociétales majeures comme la fin de vie et l’avortement.
À Monaco, l’avortement reste interdit, sauf dans des cas très limités, notamment en cas de danger grave pour la mère ou de viol. Cette position s’inscrit dans le cadre constitutionnel du pays, où, selon l’article 9, le catholicisme est religion d’État. Une réalité qui continue d’influencer la législation.
Cette cohérence se retrouve également dans d’autres domaines. La principauté a ainsi développé une législation encadrant les soins palliatifs, tout en refusant de légaliser l’euthanasie, en accord avec la vision de la médecine comme accompagnement et non comme mise à mort.
Mais cette position suscite des tensions croissantes. Depuis plusieurs années, des associations militent pour une évolution de la loi sur l’avortement. Lors d’une consultation nationale organisée en 2024, environ 80 % des participants se sont déclarés favorables à une légalisation. Sur le terrain, ces revendications se traduisent par des mobilisations régulières. Lors d’un rassemblement en mars 2025, certaines pancartes affichaient : « Victime, on te croit » ou encore « Égalité pour toutes ».
Au sein des institutions, certains élus partagent ce constat. La conseillère nationale Béatrice Fresko-Rolfo qui a osé affirmer : « Nous sommes en retard sur ce sujet. » Une proposition de loi visant à légaliser l’avortement, tout en l’encadrant, a d’ailleurs été adoptée par le Conseil national en mars 2025. Pour certains observateurs, cette adoption représentait une étape décisive pour les pro-avortements, mais heureusement quelques mois plus tard, dans un entretien accordé à Monaco-Matin, le prince Albert II a clairement indiqué qu’il ne donnerait pas suite à cette proposition.
Ce choix marque un coup d’arrêt aux tentatives de légalisation et confirme la singularité de Monaco dans un contexte européen largement favorable à l’avortement.
Alors que de nombreux pays ont progressivement étendu ce droit — la France allant jusqu’à l’inscrire dans sa Constitution en 2024 — la principauté fait figure d’exception. Elle maintient une législation qui, malgré les pressions, continue de reconnaître une valeur juridique à la vie humaine dès son commencement.
La visite du pape Léon XIV intervient ainsi dans un moment charnière. Elle rappelle que, même dans un environnement culturel et politique largement acquis à la logique de l’avortement, certains États choisissent encore de préserver un cadre protecteur de la vie.
Un choix qui pose une question fondamentale à l’ensemble des sociétés européennes : celle de savoir jusqu’où elles sont prêtes à défendre les plus vulnérables, y compris avant leur naissance.
Adèle Cottereau
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