Euthanasie : malgré quelques garde-fous, la rupture éthique reste entière
Réunie le 29 avril avant l’examen du texte en séance publique prévu les 11, 12 et 13 mai, la commission des affaires sociales du Sénat a adopté une version plus restrictive de la proposition de loi sur la fin de vie initialement portée par Olivier Falorni. Présenté par certains comme un recentrage ou un compromis, ce nouveau texte modifie plusieurs points sensibles. Mais sur l’essentiel, il maintient la logique de l’« aide à mourir » et continue de faire entrer dans le champ médical la possibilité de provoquer délibérément la mort.
Premier changement notable : le texte ne parle plus d’un « droit » à l’aide à mourir, mais d’une « assistance médicale à mourir », réservée aux patients dont le pronostic vital est engagé « à court terme ». À première vue, la formule semble plus prudente. En réalité, elle ne supprime pas la rupture de fond : elle l’habille autrement. La mort administrée reste envisagée comme une réponse possible dans le cadre du soin, même si le vocabulaire est retouché.
La commission a également renforcé la protection de certains professionnels de santé. La clause de conscience a été étendue à l’ensemble des intervenants potentiels, y compris les pharmaciens, psychologues et personnels médico-sociaux. Ce point reconnaît implicitement la gravité de l’acte demandé. Car si l’on éprouve le besoin de protéger aussi largement les consciences, c’est bien que l’on touche ici à quelque chose de radicalement distinct du soin ordinaire. Les rapporteurs eux-mêmes parlent d’une « rupture fondamentale » avec la mission des soignants.
Un autre point a été modifié : le délit d’entrave à l’aide à mourir a été supprimé. Mais là encore, cette correction ne change pas la nature du dispositif. Le cadre général demeure : le suicide assisté reste la règle, l’euthanasie l’exception. Autrement dit, la loi continue d’ouvrir la porte à une légalisation du geste létal, même si elle prétend l’encadrer.
Du côté des opposants, les critiques demeurent vives. La présidente de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs, Ségolène Perruchio, résume l’enjeu avec lucidité : ce qui est présenté comme un compromis « n’en est pas un ». Selon elle, le texte valide toujours « le principe de l’aide active à mourir » et l’expression d’« assistance médicalisée à mourir » aggrave même la confusion en l’inscrivant plus encore dans le champ du soin.
Cette confusion est au cœur du problème. Soigner n’est pas tuer. Accompagner n’est pas provoquer la mort. Introduire un acte létal dans la pratique médicale affaiblit nécessairement la relation de confiance entre le malade et le soignant. C’est aussi l’alerte lancée par le collectif Les Éligibles, qui dénonce des critères « flous et extensibles », un consentement insuffisamment protégé et l’absence d’évaluation psychologique indépendante.
Surtout, les opposants rappellent une vérité que le débat public tend à masquer : en toute fin de vie, les malades demandent d’abord à être soulagés, entourés, rassurés. Leur discernement peut être fragilisé, leurs paroles influencées par la peur, la douleur, l’épuisement ou les attentes de l’entourage. Dans un tel contexte, faire de la mort provoquée une option légale est une faute grave.
Le plus inquiétant est peut-être là : alors que les soins palliatifs restent largement insuffisants, on veut légaliser une réponse létale avant même d’avoir offert à tous un accompagnement digne. Ce déséquilibre révèle la véritable pente du texte. Sous couvert d’encadrement, il ne protège pas les plus vulnérables ; il les expose davantage.
Adèle Cottereau
Source : https://www.lejdd.fr/Societe/euthanasie-et-suicide-assiste-feu-vert-sous-conditions-au-senat-172908
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