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Manuels scolaires : la vie humaine réduite à une variable carbone

Alors que la crise écologique impose des choix responsables, un autre débat s’invite désormais jusque dans les salles de classe : celui de la démographie. Dans une tribune publiée dans les colonnes du Figaro, le dix février dernier, David Lisnard dénonce le contenu d’un manuel de Sciences de la vie et de la terre qui présente comme « solution » la plus efficace pour réduire les émissions de CO₂… « avoir un enfant de moins ». Pour le maire de Cannes et président de Nouvelle Énergie, ce message dépasse le simple débat environnemental : il touche à la conception même de la vie humaine.

D’emblée, il alerte sur une dérive pédagogique : « L’instruction de nos enfants est de plus en plus polluée. » Dans le manuel destiné aux lycéens figure un graphique recensant différentes « solutions de réduction des émissions de carbone » : recycler, éviter l’avion, vivre sans voiture… Mais, écrit-il, les auteurs placent en tête de liste « l’“action” la plus “efficace”, et de loin, pour sauver la planète : “avoir un enfant de moins” ! »

Il s’indigne : « Tel est le message de l’Éducation nationale. L’avenir écologique passerait d’abord par la raréfaction des naissances. » À ses yeux, l’école ne transmet plus seulement des savoirs, elle relaie « un endoctrinement malthusien où la naissance d’un enfant n’est plus (…) la première des joies, mais une nuisance à éviter ».

Sur le plan scientifique, il conteste la solidité de l’étude invoquée. Le manuel s’appuie sur une publication de 2017 attribuant à « un enfant de moins » un gain annuel de 58,6 tonnes de CO₂-équivalent. Or, rappelle-t-il, cette modélisation a été contestée pour « biais méthodologiques majeurs : double comptage des émissions entre générations, projection sur plus de cinq siècles à niveau d’émissions constant, exclusion des trajectoires de décarbonation ». D’autres travaux, souligne-t-il, aboutissent à « un impact de 1 à 2 tonnes par an, soit trente à soixante fois moins ». Pourtant, « le manuel ne retient (…) que la valeur maximale d’une hypothèse extrême, et la présente comme un fait scientifique établi ».

Mais la critique ne s’arrête pas aux chiffres. David Lisnard pointe une intention assumée par les auteurs de l’étude : cibler les adolescents comme « catalyseurs » du changement. Il dénonce un « programme militant qui vise à formater des choix existentiels sous couvert de science ». À ses yeux, « c’est le libre arbitre des futurs citoyens qui est ici en jeu ».

L’argument devient alors philosophique. « Mettre sur le même plan un comportement ou un geste technique et la naissance d’un enfant revient à ne plus envisager la vie comme une promesse, mais comme une variable d’ajustement. » Et il formule une phrase choc : « Pour sauver la planète, ne faisons plus d’enfants et pour éviter la mort, supprimons la vie ! »

Cette logique, estime-t-il, survient au moment même où la dénatalité frappe durement les sociétés développées. Il rappelle qu’en France, « pour la première fois depuis 1945, le solde naturel est devenu négatif », avec 651 000 décès pour 645 000 naissances, et un indicateur de fécondité tombé à 1,56 enfant par femme. « Aucune nation ne peut sacrifier sa démographie — donc son existence — sur l’autel d’un calcul (…) utilitariste de CO₂ », avertit-il.

En définitive, conclut-il, deux visions s’affrontent : « une écologie fondée sur l’innovation et la confiance dans l’intelligence humaine » et « une écologie de la culpabilisation, qui voit dans chaque naissance une faute ». Son appel est clair : « Enseignons à nos enfants non pas la honte d’exister, mais la joie de vivre. Non pas le renoncement, mais l’ambition. (…) Non pas la peur de l’avenir, mais la volonté d’inventer le leur. »

Dans ce débat, il ne s’agit pas seulement d’environnement. Il s’agit de savoir si l’on considère l’enfant comme un problème à résoudre ou… comme une espérance à accueillir.

                                                 Adèle Cottereau

Source : https://www.lefigaro.fr/vox/politique/david-lisnard-quand-un-manuel-scolaire-incite-les-eleves-a-faire-moins-d-enfants-pour-sauver-la-planete-20260209

Photo: Adobe Stock

 

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