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Loi sur l’euthanasie : le combat des établissements catholiques

Alors que le débat sur l’euthanasie est toujours au cœur de l’agenda parlementaire, avec l’examen prochain à l’Assemblée nationale des projets de loi sur les soins palliatifs et sur l’« aide active à mourir », une inquiétude grandissante traverse le monde hospitalier chrétien. Les responsables des établissements catholiques de santé réclament aujourd’hui l’instauration d’une clause de conscience spécifique, couvrant l’ensemble des personnels et des structures, afin de ne pas être contraints d’organiser des euthanasies ou des suicides assistés.

Il s’agit d’un tournant historique. Longtemps impensable, la question est désormais posée ouvertement : les hôpitaux catholiques pourront-ils encore exercer leur mission demain sans renier leur identité ? La France compte près de 350 établissements de santé d’inspiration chrétienne, accueillant chaque année des centaines de milliers de patients, sans distinction de croyance, d’origine ou de situation sociale. Ces structures, souvent pionnières dans les soins palliatifs, redoutent qu’une légalisation de l’euthanasie ne les place devant une alternative intenable : désobéir à la loi ou trahir leurs convictions fondamentales.

Pour les évêques de France, la ligne est claire : donner la mort ne pourra jamais être considéré comme un soin. Ce principe n’est pas seulement religieux, il est aussi profondément médical et éthique. Depuis Hippocrate, la vocation du médecin est de soigner, soulager, accompagner, jamais de provoquer la mort. Même les partisans de l’euthanasie reconnaissent qu’il ne s’agit pas d’un acte banal, mais d’une rupture radicale dans la conception même du soin.

C’est pourquoi les responsables hospitaliers demandent une clause de conscience institutionnelle, qui ne concernerait pas seulement les individus, mais aussi les directions d’établissement. Sans cette protection juridique, un hôpital pourrait être contraint d’organiser matériellement des actes qu’aucun de ses soignants ne souhaite pratiquer. Une telle situation serait paradoxale : au nom de l’autonomie individuelle, on imposerait à des institutions entières de participer à ce qu’elles considèrent comme une transgression majeure.

L’expérience étrangère montre que cette crainte n’est pas théorique. Dans plusieurs pays ayant légalisé l’euthanasie, la pression sur les soignants augmente, et les clauses de conscience sont progressivement restreintes. Ce glissement transforme peu à peu un droit de mourir en obligation de faire mourir pour le système de santé.

Les hôpitaux catholiques ne demandent pas de privilège. Ils demandent simplement le droit d’exister selon leur mission propre : accompagner la vie jusqu’à son terme naturel, soulager la souffrance, entourer les personnes vulnérables, sans jamais poser un geste de mort. Leur exclusion ou leur marginalisation serait une perte immense pour la société française, tant leur rôle humain, social et sanitaire est reconnu.

Derrière ce débat juridique se joue en réalité une question de civilisation : voulons-nous une médecine fondée sur la compassion qui soigne, ou une médecine qui, faute de solutions, propose la mort comme réponse ultime ? La clause de conscience n’est pas un obstacle au progrès, elle est l’ultime rempart contre une médecine qui oublierait sa raison d’être : servir la vie, jusqu’au bout.

                                                      Adèle Cottereau

Source : https://www.la-croix.com/a-vif/euthanasie-le-signal-d-alarme-des-hopitaux-catholiques-20260115

Photo Hopital catholique DDN

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