Euthanasie : Laurent Frémont alerte sur la remise en cause de la liberté de conscience
Quelques semaines après l’adoption de la loi française sur l’« aide à mourir », la question de la liberté de conscience des soignants et des établissements revient déjà au premier plan. Le Conseil constitutionnel a reconnu aux structures de santé la possibilité de refuser qu’un acte létal soit pratiqué dans leurs murs lorsqu’il est manifestement contraire à leurs missions ou à leur projet d’établissement, sous certaines conditions. Mais cette protection est désormais contestée par plusieurs défenseurs de l’euthanasie.
Dans une tribune publiée dans les colonnes du Figaro le vingt-deux août dernier, Laurent Frémont, cofondateur du collectif Démocratie, éthique et solidarités et engagé depuis plusieurs années dans le débat sur la fin de vie, met en garde contre cette évolution. Selon lui, l’expérience étrangère montre que la reconnaissance d’un « droit à mourir » est rapidement suivie d’une remise en cause de ceux qui refusent d’y participer.
Dans une tribune publiée par Le Figaro, Laurent Frémont, cofondateur du collectif Démocratie, éthique et solidarités et engagé depuis plusieurs années dans le débat sur la fin de vie, met en garde contre cette évolution. Selon lui, l’expérience étrangère montre que la reconnaissance d’un « droit à mourir » est rapidement suivie d’une remise en cause de ceux qui refusent d’y participer.
Le constat est sévère : « Le jour du vote, ils célèbrent la liberté. Le lendemain, ils traquent ceux qui refusent d’y concourir. En Belgique, la clause de conscience de 2002 a tenu jusqu’à ce que la loi de 2020 interdise aux institutions de dire non. Au Québec, les maisons de soins palliatifs ont perdu leur exemption en 2023. »
Et la France pourrait suivre : « En France, il aura fallu quelques heures pour que les activistes passent à l’offensive. C’est la méthode des officines militantes : un droit ne leur suffit jamais, il faut que chacun le serve. Une loi de liberté, promettaient-elles, à condition que personne n’use de la sienne. »
Laurent Frémont rappelle alors la décision du Conseil constitutionnel : « Le 14 août, le Conseil constitutionnel valide la loi ; une seule réserve protège les établissements : refuser l’acte dans ses murs s’il est “manifestement contraire aux missions statutaires ou au projet de l’établissement”, et seulement “lorsque d’autres établissements sont en mesure de répondre aux besoins locaux”. »
Une protection déjà contestée : « Trois jours plus tard, l’ADMD (Association pour le droit de mourir dans la dignité) et ses alliés s’alarment dans Le Monde : cette liberté “pourrait rendre illusoire l’exercice d’un droit de la personne en fin de vie”. Le 19 août, jour de la promulgation, sa vice-présidente récidive dans Libération : la conscience des établissements y est une “survivance confessionnelle difficilement justifiable”, des “zones de non-droit pour la laïcité”. »
Pour Laurent Frémont, l’enjeu dépasse la seule liberté des institutions. Il concerne directement les soignants qui s’y associent autour d’une même conception de leur mission :
« Une maison tenue par une congrégation réunit des soignants et des bénévoles autour d’un projet, avec des résidents qui l’ont choisi. La liberté de conscience qui protège le médecin protège aussi ceux qui s’associent pour soigner d’une certaine manière. »
D’où cet avertissement : « Une loi de liberté qui ne laisserait aux soignants que la liberté d’obéir violerait la première des libertés, celle de ne pas donner la mort. »
Il en va également, selon lui, de la liberté des patients : « Il en va aussi du pluralisme de l’offre de soins, qui sert d’abord les patients : la possibilité de choisir, pour finir sa vie, une maison où l’on ne proposera jamais la mort, où le vieillard qui se sent de trop ne redoutera pas qu’on lui tende la solution. »
L’auteur oppose enfin le militantisme en faveur de l’euthanasie au travail quotidien des soignants : « Ceux que ces militants attaquent calment des douleurs et tiennent des mains à trois heures du matin. Rien ne leur interdit d’ouvrir une maison où l’acte qu’ils défendent sera possible ; ils préfèrent réquisitionner celles des autres et distribuer des leçons d’humanité à ceux qui soignent. Sommer est plus facile que soigner. »
Et de conclure par cet appel : « Ceux qui ont combattu cette loi ont perdu le vote. Ils refusent seulement d’en devenir l’instrument dans leurs propres murs. […] Qu’on laisse tranquilles ceux qui soignent les mourants depuis des siècles. »
Adèle Cottereau
Photo: Adobe Stock