Canada : le dernier rempart catholique de Nouvelle-Écosse face à l’euthanasie disparaît
Alors que les valeurs chrétiennes qui fondent le respect du caractère sacré de la vie humaine s’effacent progressivement au Canada, les lieux où les personnes les plus vulnérables demeurent protégées se font de plus en plus rares. Le 1er octobre, le dernier hôpital catholique de Nouvelle-Écosse, le St. Martha’s Regional Hospital, deviendra l’Antigonish Memorial Regional Hospital. Avec l’expiration, le 30 septembre, de l’accord garantissant la mission catholique de l’établissement, les interdictions concernant l’euthanasie et l’avortement disparaîtront elles aussi.
Les religieuses qui veillaient jusqu’ici au respect de l’identité et des principes moraux catholiques de l’établissement renoncent en effet à leur mission
« Après un temps de discernement, de réflexion et de prière, nous avons décidé, en tant que religieuses, que, pour que les gens comprennent qu’il ne s’agit plus du même hôpital, nous devions reprendre notre nom », a expliqué sœur Brendalee Boisvert, responsable de la congrégation des Sœurs de Sainte-Marthe, au Chronicle Herald.
Après 120 ans de présence, les religieuses ont ainsi décidé que leur nom ne serait plus associé à l’établissement. Leur engagement dans le domaine de la santé avait commencé notamment dans le contexte de la lutte contre la tuberculose.
Selon le Chronicle Herald, la décision d’abandonner leur rôle de garantes spirituelles du dernier hôpital catholique de Nouvelle-Écosse est intervenue après une longue réflexion, dans un contexte marqué à la fois par le vieillissement des membres de la congrégation et par l’évolution des valeurs de la société.
Sœur Brendalee Boisvert ne cache pas sa position sur l’euthanasie :
« Je ne crois pas à l’aide médicale à mourir. Je crois aux soins palliatifs et à la nécessité d’accompagner les personnes. St. Martha’s dispose d’ailleurs d’un important service de soins palliatifs. C’est notre conviction personnelle et celle de notre congrégation ; cependant, je respecte le fait que certaines personnes militent fortement en faveur de l’aide médicale à mourir. »
La question dépasse largement la Nouvelle-Écosse. Dans tout le Canada, les militants favorables à l’euthanasie demandent que celle-ci puisse être pratiquée dans les hospices et les établissements hospitaliers. Jusqu’à présent, l’engagement historique des religieuses envers la communauté avait permis de maintenir l’accord protégeant l’identité catholique de St. Martha’s.
Plus d’un siècle au service des malades
Les Sœurs de Sainte-Marthe ont acquis une grande réputation, aussi bien dans la province qu’au-delà, grâce à leur engagement dans le domaine de la santé. Elles ont dispensé des soins gratuitement, collecté les fonds nécessaires à la construction du premier hôpital et sont notamment créditées d’avoir contribué à mettre fin à une épidémie de typhoïde en 1905.
Au fil des décennies, la congrégation a continué de recueillir des fonds pour agrandir ses établissements, former de nouvelles infirmières et créer une école de soins infirmiers à l’Université Saint-François-Xavier, qui existe encore aujourd’hui. L’hôpital fut agrandi en 1926 puis en 1951, tandis que les religieuses fondaient également d’autres établissements dans les provinces maritimes et en Alberta.
L’actuel St. Martha’s Regional Hospital, situé sur Bay Street, a ouvert ses portes en 1989. Les religieuses en ont assuré directement l’administration jusqu’en 1996.
Face à la diminution et au vieillissement de leur congrégation, elles ont alors transféré la propriété et la gestion de l’hôpital au gouvernement provincial. Elles ont toutefois continué à veiller sur sa mission à travers un conseil consultatif chargé notamment des questions éthiques et de l’accompagnement spirituel.
Plus récemment, les Sœurs de Sainte-Marthe ont tenté de transmettre cette responsabilité à Catholic Health International. Mais le gouvernement de Nouvelle-Écosse a indiqué qu’il ne renouvellerait pas l’accord garantissant la mission catholique — et notamment l’interdiction de l’avortement et de l’euthanasie — avec une autre organisation que les Sœurs de Sainte-Marthe.
La congrégation s’est donc résignée à abandonner son rôle. L’hôpital changera bientôt de nom et, selon toute vraisemblance, certaines de ses pratiques pourront également évoluer.
Sœur Brendalee Boisvert veut néanmoins croire que l’héritage laissé par les religieuses ne disparaîtra pas avec elles :
« L’esprit est toujours vivant là-bas. Il y a tellement de membres du personnel et de médecins qui ont vécu selon ces valeurs, selon ce que nous appelons notre mission. Cela fait partie de l’ADN même des murs de l’établissement. Il existe une manière de vivre en respectant la dignité de chacun. »
Cet héritage de 120 années ne s’effacera certainement pas du jour au lendemain. Mais avec la disparition des garanties catholiques qui protégeaient jusqu’ici les personnes vulnérables accueillies dans l’établissement, son orientation pourrait désormais changer rapidement. En devenant l’Antigonish Memorial Regional Hospital, St. Martha’s ne perd donc pas seulement son nom : c’est aussi une conception particulière du soin et de la protection de la vie humaine qui cesse d’être institutionnellement garantie.
Adèle Cottereau
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