« Je voulais garder mon bébé » : le témoignage bouleversant d’une Française au Parlement européen
Alors que les institutions européennes sont régulièrement saisies de textes visant à faciliter l’accès à l’avortement, une voix différente s’est fait entendre au Parlement européen. Auditionnée par la commission des pétitions, Charlène, une Française, est venue raconter à l’hebdomadaire Valeurs actuelles le parcours qui l’a conduite à subir un avortement qu’elle ne souhaitait pas. À travers une pétition, elle demande désormais que les femmes désireuses de poursuivre leur grossesse soient elles aussi protégées des pressions qu’elles peuvent subir.
Son témoignage commence par une conviction qui, dit-elle, n’a jamais varié : « J’étais heureuse d’être enceinte. Mon conjoint, qui parlait pourtant beaucoup d’enfants, a complètement paniqué et m’a demandé d’avorter. J’ai toujours répondu que je ne voulais pas avorter. »
Son premier médecin comprend immédiatement sa détermination. Mais, sous la pression de son compagnon, elle consulte un autre médecin. Après lui avoir confié qu’elle souhaitait garder son enfant, une question la laisse sans voix.
« Il m’a demandé : « Vous êtes croyante ? » Je lui ai répondu : « Non, cela n’a rien à voir. » Je ne comprenais pas pourquoi le fait de vouloir garder son bébé devait forcément être associé à une conviction religieuse », confie-t-elle.
Orientée ensuite vers une psychologue du Planning familial, Charlène espère trouver un espace de dialogue. mais l’entretien prend une tout autre direction.
« Je lui ai dit très clairement que je ne voulais pas avorter. Je parlais de mon bébé. Elle m’a répondu : « Ce n’est qu’un tas de cellules. » Je me souviens lui avoir rétorqué : « Vous aussi, vous n’êtes qu’un tas de cellules. Nous le sommes tous. » »
Malgré ses refus répétés, les rendez-vous sont maintenus. L’un des épisodes les plus marquants intervient à la veille de l’intervention. Charlène raconte : « J’ai demandé au médecin : « Si je prends un comprimé, est-ce que je peux revenir en arrière ? » Elle m’a simplement répondu : « Aujourd’hui ou dans deux jours, c’est la même chose. » »
Puis vient le moment qu’elle décrit comme une capitulation. « J’avais déjà deux heures de retard sur la prise lorsque mon conjoint m’a porté le comprimé à la bouche. J’ai fini par capituler. Le lendemain, il m’a emmenée à la clinique. »
Aujourd’hui, Charlène souhaite que son expérience permette de mieux protéger les femmes qui, comme elle, veulent poursuivre leur grossesse : « Ma conviction est que de nombreuses IVG sont motivées par des contraintes extérieures, qu’elles soient économiques, familiales, psychologiques ou d’une autre nature. »
Sa pétition, désormais jugée recevable par le Parlement européen, demande d’accorder une véritable attention aux femmes qui souhaitent garder leur enfant.
« Je dis que My Voice, My Choice ne devrait pas concerner uniquement les femmes qui souhaitent avorter. Il faut aussi entendre la voix de celles qui veulent garder leur bébé mais rencontrent des obstacles, subissent des contraintes ou des pressions. »
Elle regrette qu’en France cette réalité demeure largement ignorée : « Le consensus autour de l’avortement est tel que, lorsqu’une femme souhaite poursuivre sa grossesse malgré des difficultés, cette situation devient presque invisible. L’avortement est devenu tellement banal dans le débat public que plus personne ne voit le problème que peuvent rencontrer ces femmes. »
Son audition au Parlement européen lui a toutefois redonné espoir.
« La pétition a été déclarée recevable et elle poursuit désormais son parcours institutionnel. Globalement, j’ai reçu beaucoup de soutien de la part des députés européens. La plupart ont compris ma démarche », explique-t-elle.
Ses demandes sont concrètes : renforcer l’accompagnement médical, psychologique et social des femmes enceintes, réexaminer les financements publics afin qu’ils bénéficient également aux femmes qui souhaitent mener leur grossesse à terme, et garantir un véritable soutien à la maternité.
En conclusion, Charlène revient sur ce qui l’a le plus profondément marquée : « Beaucoup d’acteurs affirment défendre les droits des femmes. Le Planning familial, par exemple, est censé avoir cette mission. Or, ce que j’ai vécu ne correspond pas à cette réalité. Dans mon cas, la psychologue a pris le parti de mon conjoint et a relayé les pressions que je subissais. »
Adèle Cottereau
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