Menu Fermer

Belgique : même les médecins peinent à supporter le poids de l’euthanasie

Belgique : même les médecins peinent à supporter le poids de l’euthanasie

 

La Belgique continue d’enregistrer une progression inquiétante de l’euthanasie. En 2025, 4 486 personnes ont été euthanasiées, dont un mineur. Mais derrière ces chiffres, souvent présentés de manière froide et administrative, une autre réalité apparaît : celle du malaise croissant de certains médecins eux-mêmes, confrontés au poids humain, moral et émotionnel de cet acte.

Car l’euthanasie n’est pas un simple geste technique. Elle ne se réduit pas à une procédure médicale parmi d’autres. Même dans un pays où elle est légalisée depuis des années, elle continue de troubler profondément ceux qui la pratiquent.

 

Un médecin généraliste belge en témoigne avec une franchise saisissante : « Dans ma carrière de médecin généraliste, j’ai réalisé trois euthanasies et, à chaque fois, cela a été une expérience très éprouvante pour moi, sur le plan humain et sur le plan émotionnel ». Il ajoute : « Après l’acte, j’ose dire que je devais prendre congé toute la journée parce que je me sentais vraiment mal à l’aise et rempli de questions, de questionnements intérieurs ».

 

Ces mots sont précieux, parce qu’ils brisent le récit lisse d’une euthanasie prétendument sereine, maîtrisée, presque évidente. Ils rappellent qu’il ne suffit pas de légaliser un acte pour effacer sa gravité. Donner la mort laisse une trace, y compris chez celui qui l’administre.

 

Le témoignage va plus loin. Le praticien explique que l’euthanasie modifie aussi la relation avec les proches du patient. « Il n’y a rien à faire, mais il y a quelque chose qui change », affirme-t-il. Et il constate : « Certains changent de médecin, d’ailleurs ». Son explication est simple et lourde de sens : « Revoir le médecin qui a fait l’euthanasie d’un membre de la famille peut rappeler quelque chose de douloureux ».

 

Là encore, le constat mérite d’être entendu. L’euthanasie ne touche pas seulement la personne qui la demande et le médecin qui la pratique. Elle marque aussi les familles, les liens de confiance, la mémoire du soin. Elle laisse derrière elle une blessure, parfois silencieuse, mais réelle.

 

C’est d’ailleurs pour cette raison que certains praticiens choisissent désormais de ne plus accomplir eux-mêmes ces actes. Le médecin interrogé ne se dit pas opposé à l’euthanasie, mais il a décidé d’en déléguer la mise en œuvre à des « équipes spécialisées » comme celles de l’ADMD (Association pour le droit de mourir dans la dignité). « Je rédige le premier avis que je transmets à un médecin de l’ADMD ou d’EOL et ils rédigent le second avis, indique le médecin. Ils s’occupent de l’organisation, de la logistique, de la commande des produits, de l’acte lui-même, du constat de décès et de toute la paperasserie avant et après. »

 

Cette évolution est révélatrice. À mesure que l’euthanasie se banalise, elle tend à se professionnaliser, à se confier à des structures dédiées, à devenir un secteur organisé avec ses spécialistes, sa logistique, ses circuits. Comme si la société cherchait à éloigner toujours davantage l’acte létal du soin ordinaire, tout en continuant à le présenter comme un soin.

 

Le médecin conclut d’ailleurs : « Depuis que j’ai adopté ce fonctionnement, je me sens beaucoup plus apaisé ». Mais cet apaisement apparent pose une question redoutable. Une société devient-elle plus humaine lorsqu’elle soulage les médecins en confiant la mort à des équipes spécialisées ? Ou bien ne fait-elle qu’industrialiser davantage un geste qui demeure, au fond, profondément contraire à la vocation de soigner ?

 

L’expérience belge montre une fois de plus que l’euthanasie ne supprime ni le malaise, ni la gravité, ni la souffrance morale. Elle ne fait que les déplacer. Et plus elle s’installe, plus elle révèle ce qu’elle est vraiment : non pas un progrès du soin, mais une rupture de plus en plus difficile à dissimuler.

 

                                               Adèle Cottereau

Source : https://genethique.org/euthanasie-en-belgique-apres-lacte-jose-dire-que-je-devais-prendre-conge-toute-la-journee/

 

Photo: Adobe Stock

Recommandés pour vous