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Pays-Bas : une enquête révèle le grand oubli des soins palliatifs

Pays-Bas : une enquête révèle le grand oubli des soins palliatifs

 

L’image d’un pays maîtrisant sereinement la fin de vie se fissure. Aux Pays-Bas, une enquête récente montre qu’une part importante des médecins, infirmiers et étudiants en médecine se sentent mal formés lorsqu’il s’agit d’accompagner les patients en soins palliatifs. Dans un pays où l’euthanasie est largement entrée dans le paysage médical, ce constat a une portée considérable. Il suggère qu’au lieu de renforcer l’accompagnement des malades les plus vulnérables, on a laissé s’installer une culture où la réponse à la souffrance risque de devenir de plus en plus expéditive.

 

Les chiffres sont parlants. Menée auprès de 450 professionnels et étudiants, l’enquête indique que plus de la moitié des personnes interrogées jugent insuffisante la formation reçue sur les soins de fin de vie. Plus préoccupant encore, parmi ceux qui ont déjà accompagné des patients dans un cadre palliatif, 79 % reconnaissent avoir manqué d’assurance dans leur pratique.

 

Derrière ces données, c’est toute une vision de la médecine qui apparaît. Le pneumologue Sander de Hosson, engagé depuis plusieurs années pour améliorer les connaissances dans ce domaine, observe : « Je vois beaucoup d’étudiants en médecine qui disent : “Les soins palliatifs ? On n’a rien appris là-dessus”. » Selon lui, le cœur du problème tient à l’orientation même de la formation : « la formation actuelle se concentre principalement sur les procédures médicales ».

Et il précise : « Il s’agit de morphine, de contrôle de la douleur et d’euthanasie. Mais les soins palliatifs consistent aussi à discuter à temps avec le patient de ce qui est important pour lui. »

C’est là une faille majeure. Car accompagner une personne en fin de vie ne se réduit pas à une série d’actes techniques. Il faut savoir écouter, discerner, parler avec justesse, soutenir une famille, comprendre les angoisses d’un malade, répondre à sa détresse sans nier sa dignité. Or c’est précisément sur ce terrain que les soignants disent se sentir démunis.

 

De fait, la communication apparaît comme l’épreuve la plus difficile. Le Dr de Hosson le formule clairement : « Comment parler à un patient en fin de vie et à sa famille ? Il s’agit souvent de situations extrêmement chargées en émotions qui exigent plus que de simples connaissances médicales. » Cette remarque est essentielle. Elle rappelle que la médecine de fin de vie ne peut pas être purement technique. Elle exige une présence humaine profonde, une capacité à entrer dans la fragilité de l’autre sans chercher à l’effacer.

 

Un autre constat vient renforcer l’inquiétude. L’autorité sanitaire néerlandaise a elle aussi relevé que les soins prodigués en fin de vie ne sont pas toujours adaptés. Il arrive même que des patients reçoivent des traitements faisant davantage de mal que de bien, et meurent finalement aux urgences plutôt que paisiblement chez eux. Autrement dit, entre obstination médicale et culture euthanasique, le véritable soin palliatif peine à trouver toute sa place.

 

Le diagnostic posé par le pneumologue touche juste : « Le problème sous-jacent, c’est que la médecine – le mot en dit long – est entièrement axée sur la guérison », alors que « une grande partie de notre travail consiste en réalité à soulager la souffrance ». Toute la question est là. Une société digne ne répond pas à la souffrance en supprimant celui qui souffre. Elle forme ses médecins à soulager, à accompagner, à entourer.

 

Ce que révèle l’exemple néerlandais dépasse donc largement un simple problème pédagogique. Quand les soins palliatifs sont relégués au second plan, l’euthanasie finit par apparaître comme une issue pratique, presque logique. C’est précisément cette pente qu’il faut refuser. Une médecine vraiment humaine ne choisit pas la mort administrée comme solution au manque de temps, de formation ou de présence. Elle demeure au chevet du malade et affirme, jusqu’au bout, que toute vie mérite d’être accompagnée.

 

                                             Adèle Cottereau

 

Source : https://genethique.org/pays-bas-des-medecins-formes-a-leuthanasie-pas-assez-aux-soins-palliatifs/

Photo: Adobe Stock

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