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Le grand mensonge de « l’aide à mourir »

Le grand mensonge de « l’aide à mourir »

 

Le débat sur l’euthanasie et le suicide assisté ne se joue pas seulement sur le terrain juridique ou médical. Il se joue aussi dans les mots. Depuis plusieurs années, de nombreux médecins et spécialistes de la fin de vie dénoncent un vocabulaire qui brouille volontairement la réalité des actes dont il est question.

 

Parler de « fin de vie », de « droit à mourir dans la dignité » ou encore de « geste d’humanité » contribue en effet à masquer la nature réelle de la pratique : provoquer la mort. Pour les opposants au texte, cette rhétorique participe à une véritable falsification du débat public.

Dès les premières discussions parlementaires, la question de l’euthanasie et du suicide assisté a été étroitement associée à celle des soins palliatifs. Initialement, les deux sujets figuraient même dans un seul et même projet de loi, avant d’être séparés au début de l’année 2025. Cette confusion est vivement critiquée par de nombreux médecins.

 

Le Dr Raphaël Gourevitch déplore ainsi que le rapprochement entre ces deux réalités ait été délibérément entretenu : « Sous l’impulsion de l’ADMD (Association pour le Droit à Mourir dans la Dignité), on a volontairement mis en parallèle la loi sur les soins palliatifs et la loi sur cette prétendue aide à mourir, alors qu’elles ne s’adressent pas aux mêmes patients. »

 

En effet, les soins palliatifs concernent les patients en fin de vie. Depuis la loi Claeys-Leonetti de 2016, ces personnes peuvent bénéficier d’une sédation profonde et continue lorsque la souffrance devient insupportable. La proposition de légalisation de l’euthanasie, en revanche, vise un champ beaucoup plus large : toute personne atteinte d’une « maladie grave et incurable engageant le pronostic vital, en phase avancée ou terminale ».

Ainsi, souligne-t-on, un patient souffrant d’insuffisance rénale qui déciderait d’arrêter son traitement pourrait entrer dans les critères d’accès à l’euthanasie, alors même qu’il pourrait vivre encore plusieurs années.

 

Le Dr Gourevitch souligne également l’ampleur de la confusion dans l’opinion publique, mais aussi dans le monde médical lui-même : « Ce qui m’a frappé, c’est la méconnaissance. Même dans les milieux médicaux, les gens ne connaissent pas la différence entre la sédation profonde et continue et l’euthanasie. » Cette ignorance rend, selon lui, impossible un débat serein et éclairé.

 

Le médecin Bruno Dallaporta insiste, pour sa part, sur la nécessité de distinguer clairement les situations où la mort intervient dans le cadre de la pratique médicale. Il identifie cinq cas distincts qui lient l’acte médical et la mort.

Le premier est l’abstention : le soignant n’intervient pas, au risque d’accélérer la mort du patient. Le deuxième est l’analgésie ou l’antalgie puissante : le soignant prescrit des antalgiques pour soulager la douleur, au risque d’accélérer la mort. Le troisième correspond aux limitations et arrêts de traitement : un traitement vital est interrompu parce qu’il devient inutile ou disproportionné. Le quatrième cas est celui du suicide assisté : le patient absorbe lui-même une substance mortelle ou déclenche un dispositif létal. Enfin, le cinquième cas est l’euthanasie : le soignant provoque directement la mort du patient en administrant une substance létale.

Pour Bruno Dallaporta, la différence fondamentale réside dans l’intention : « C’est l’intention qui, sur le plan juridique et moral, crée la différence entre les actes. » Dans les trois premiers cas, explique-t-il, le médecin cherche à soulager la souffrance, même si la mort peut survenir plus tôt. Dans les deux derniers cas, en revanche, la mort devient l’objectif même de l’acte médical.

Le médecin précise : « Dans les trois premiers cas, le soignant a l’intention de soulager au risque de provoquer la mort et la personne meurt du fait de la maladie. Dans les cas 4 et 5, le soignant a l’intention de tuer afin de soulager la souffrance et c’est lui qui provoque la mort. »

 

Autre critique majeure : le vocabulaire employé pour désigner ces pratiques. Le Dr Gourevitch estime que l’expression « aide médicale à mourir » vise précisément à éviter le mot « suicide ». « On n’a plus voulu parler de suicide assisté, mais d’aide médicale à mourir, comme si ça n’avait rien à voir avec le suicide. Je pense que le suicide assisté, c’est du suicide incité, programmé et facilité. »

 

Les psychiatres rappellent également que les idées suicidaires sont rarement stables et rationnelles. Le Dr Gourevitch met en garde contre la logique administrative que créerait une légalisation : « Les idées suicidaires ne s’affirment pas de manière rationnelle et continue, il peut y avoir des retours en arrière. Mais cette loi, en prévoyant une vraie protocolisation, enferme les patients dans un tunnel : une fois qu’on a signé le papier, qu’on l’a annoncé à ses proches, qu’on en a parlé avec son médecin, cela rend le retour en arrière beaucoup plus difficile. »

 

Pour de nombreux soignants, légaliser l’euthanasie reviendrait ainsi à franchir une frontière éthique fondamentale : transformer l’interdit universel de donner la mort en un acte médical organisé. Et, avec lui, remettre en cause un principe qui a longtemps structuré la médecine : soigner et accompagner, sans jamais provoquer la mort.

 

                                    Adèle Cottereau

 

Source : https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/societe/euthanasie-et-suicide-assiste-un-debat-fausse-par-la-confusion-dans-les-termes

 

Photo: Adobe Stock

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