Euthanasie : un texte toujours plus contesté, un gouvernement toujours plus déterminé
Le constat est sans appel. Réunie le 2 juin dernier pour tenter de rapprocher les positions de l’Assemblée nationale et du Sénat sur la proposition de loi relative à l’« aide à mourir », la commission mixte paritaire a échoué. Les quatorze parlementaires chargés de trouver un compromis n’ont pas réussi à s’entendre, révélant une nouvelle fois l’absence de consensus sur un texte qui continue de diviser profondément le monde politique, les soignants et une partie croissante de l’opinion publique.
L’issue était largement prévisible. Le Sénat avait déjà rejeté à deux reprises ce projet de loi, refusant d’ouvrir la voie à l’euthanasie et au suicide assisté. Face à lui, les députés avaient adopté un texte autorisant, sous certaines conditions, la prescription d’une substance létale destinée à provoquer la mort. Si le principe du suicide assisté demeure privilégié, le texte prévoit également qu’un médecin ou un infirmier puisse administrer lui-même le produit lorsque le patient est physiquement incapable de le faire.
Selon plusieurs participants, les discussions ont été particulièrement tendues. « Chacun est resté sur ses positions, le compromis n’était pas possible », a reconnu le sénateur centriste Olivier Henno.
Pour les Associations Familiales Catholiques (AFC), cet échec met surtout en lumière l’absence d’adhésion autour d’une réforme que le gouvernement semble vouloir imposer coûte que coûte. Dans un communiqué, elles dénoncent un texte de plus en plus contesté, y compris au sein de l’Assemblée nationale. Alors qu’en 2021 près de 80 % des députés se prononçaient en faveur d’une légalisation, ils n’étaient plus que 53,2 % à soutenir le texte en 2026. Une évolution qui traduit les interrogations croissantes suscitées par les conséquences concrètes de cette réforme.
Depuis plusieurs mois, les mises en garde des professionnels des soins palliatifs se multiplient. Nombre d’entre eux rappellent que la véritable urgence n’est pas de donner la mort, mais de mieux accompagner les malades et de développer l’accès aux soins palliatifs, encore insuffisamment répartis sur le territoire.
Les opposants au projet soulignent également les dérives observées dans plusieurs pays ayant déjà légalisé l’euthanasie ou le suicide assisté. Partout, les critères présentés au départ comme stricts se sont progressivement élargis, nourrissant les inquiétudes sur l’avenir de la législation française.
Malgré cet échec et l’absence manifeste de consensus, le gouvernement a choisi de poursuivre la procédure. Le texte doit revenir devant les deux chambres avant un vote définitif fixé au 15 juillet. Si le désaccord persiste, l’Assemblée nationale aura le dernier mot.
Pour de nombreux observateurs, ce calendrier ressemble de plus en plus à un passage en force. Alors que le Sénat s’est opposé au texte, que les réserves des soignants demeurent fortes et que le débat reste loin d’être tranché dans le pays, beaucoup estiment qu’une réforme aussi grave mériterait autre chose qu’une adoption précipitée.
Adèle Cottereau
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