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Euthanasie : le Sénat oppose un frein inattendu à la légalisation

Le 21 janvier dernier, le débat sur la légalisation de l’« aide médicale à mourir » a connu un tournant inattendu au Sénat, avec le rejet de deux articles centraux de la proposition de loi actuellement examinée. Ce vote, survenu après plusieurs heures de discussion, affaiblit considérablement un texte déjà controversé et jette une lumière crue sur les profondes divisions qu’il suscite, y compris au sein de la majorité parlementaire.

L’article le plus emblématique, qui définissait les conditions permettant à un patient de recourir au suicide assisté ou à l’euthanasie, a été rejeté par une majorité de sénateurs. Or, sans cet article, toute l’architecture juridique du projet s’effondre : il devient impossible de déterminer qui serait éligible à une telle pratique, rendant les débats suivants largement théoriques.

Ce revers est d’autant plus significatif que la version examinée par le Sénat était déjà plus restrictive que celle adoptée précédemment à l’Assemblée nationale. Les sénateurs avaient en effet tenté d’encadrer fortement le dispositif en limitant l’accès à l’aide à mourir aux seuls patients dont le pronostic vital serait engagé à très court terme. Une tentative de compromis destinée à rendre la réforme plus acceptable sur le plan éthique.

Mais cette stratégie a échoué. Pour une partie de la gauche, ces restrictions vidaient la loi de sa portée et rendaient son application trop marginale. Pour une large part de la droite et du centre, en revanche, le problème n’était pas technique mais moral : même strictement encadrée, la légalisation de la mort provoquée constitue une rupture fondamentale avec la mission de la médecine et avec le principe de protection de la vie.

Le paradoxe est frappant : au nom de la compassion, on cherche à faire entrer dans le droit un acte qui consiste à donner la mort. Or, pour de nombreux soignants et responsables éthiques, cette évolution brouille dangereusement la frontière entre soigner et éliminer la souffrance en supprimant celui qui souffre.

Après le rejet de l’article clé, le Sénat a néanmoins poursuivi l’examen du texte, pour des raisons purement procédurales. Un amendement a finalement été adopté pour rappeler un principe essentiel : toute personne a droit au meilleur soulagement possible de la douleur, sans qu’aucune intervention n’ait pour objectif de provoquer sa mort. Une formulation qui revient, en creux, à réaffirmer la primauté des soins palliatifs.

Cet épisode montre bien que la légalisation de l’euthanasie ne repose pas sur un consensus social solide, mais sur une construction idéologique fragile. Derrière les discours sur la liberté et l’autonomie se cache une transformation profonde du regard porté sur la fragilité humaine, la dépendance et la finitude.

Or, une société juste répond-elle à la souffrance par l’accompagnement et la solidarité, ou par l’organisation légale de la mort ? En rejetant l’article central de l’aide à mourir, le Sénat a, au moins temporairement, choisi de rappeler que le rôle de la loi n’est pas d’entériner le désespoir, mais de protéger les plus vulnérables, jusqu’au bout de leur vie. Et c’est une excellente nouvelle.

 

  Adèle Cottereau

 

Source : https://www.la-croix.com/politique/fin-de-vie-le-senat-rejette-un-article-cle-et-enterre-quasiment-les-debats-sur-l-aide-a-mourir-20260121

 

Photo: Adobe Stock

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