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Euthanasie : des soignants refusent déjà d’appliquer la nouvelle loi

Euthanasie : des soignants refusent déjà d’appliquer la nouvelle loi

 

À peine quelques jours après l’adoption définitive de la loi créant un « droit à l’aide à mourir », une forme de résistance éthique commence à émerger dans le monde médical. Médecins, infirmiers et autres professionnels de santé annoncent qu’ils feront usage de leur clause de conscience pour refuser de participer à des actes destinés à provoquer volontairement la mort d’un patient. Parmi eux figure le docteur Pascal Belissa, médecin généraliste depuis plus de trente ans et de confession juive, dont le témoignage illustre une opposition qui dépasse largement les appartenances religieuses.

« Je suis profondément scandalisé par la loi sur la fin de vie », confie-t-il d’emblée. Pour ce praticien, la mission du médecin ne peut être détournée de sa vocation première : soigner, soulager et accompagner les personnes jusqu’à leur mort naturelle, mais jamais provoquer délibérément leur décès.

À ses yeux, la véritable réponse à la souffrance ne réside pas dans l’administration d’une substance létale, mais dans un accès effectif aux soins palliatifs. « Il faut non pas donner la mort, mais favoriser les soins palliatifs dans leur qualité et faire en sorte que chaque malade y ait accès », affirme-t-il, estimant que c’est sur cet effort que la société devrait concentrer ses moyens.

Le médecin s’inquiète également du signal envoyé par cette réforme. Il redoute qu’une société confrontée aux contraintes budgétaires soit tentée de considérer la mort provoquée comme une solution plus simple et moins coûteuse que l’accompagnement des personnes les plus fragiles. Une telle évolution risquerait, selon lui, d’affaiblir le devoir de solidarité envers les malades, les personnes âgées et les personnes handicapées.

Au-delà des aspects médicaux, le docteur Belissa voit dans cette loi une véritable « rupture anthropologique ». En autorisant le médecin à donner la mort dans certaines circonstances, c’est la nature même de la relation de confiance entre le soignant et son patient qui, selon lui, se trouve profondément modifiée.

Sa décision est déjà prise : il n’accomplira aucun acte relevant du suicide assisté et entend en informer officiellement le Conseil de l’Ordre des médecins.

Son témoignage présente une autre particularité. Juif pratiquant, le docteur Belissa rappelle que la défense de la vie humaine ne constitue pas seulement une conviction chrétienne. Dans la tradition juive également, la vie est reçue comme un don de Dieu qui ne peut être supprimé volontairement. Le commandement biblique « Choisis donc la vie » demeure l’un des fondements de cette vision.

Cette position rejoint celle exprimée à plusieurs reprises par le Grand Rabbin de France, Haïm Korsia, qui appelle à développer les soins palliatifs plutôt qu’à faire de la mort une réponse à la souffrance. Elle rejoint également l’enseignement constant de l’Église catholique et, plus largement, celui des principaux responsables des cultes présents en France. Catholiques, protestants, orthodoxes, juifs, musulmans et bouddhistes avaient d’ailleurs publié une déclaration commune pour dénoncer la « rupture anthropologique » que représente, selon eux, la légalisation de l’aide à mourir.

Depuis le vote de la loi, de nombreux professionnels de santé annoncent à leur tour qu’ils refuseront d’y prendre part. Leur démarche rappelle qu’une disposition législative, si importante soit-elle, ne suffit pas à modifier les consciences. Pour beaucoup de soignants, la fidélité au serment de soigner demeure incompatible avec tout geste destiné à provoquer intentionnellement la mort d’un patient. Alors que la mise en œuvre de la loi ne fait que commencer, cette objection de conscience pourrait devenir l’un des principaux enjeux des prochains mois.

                                            Adèle Cottereau

Source : https://tribunechretienne.com/temoignage-je-refuserai-dappliquer-cette-loi-et-de-de-pratiquer-un-acte-de-fin-de-vie-au-sens-du-suicide-assiste-le-refus-dun-medecin-de-trahir-sa-mission/

Photo: Adobe Stock

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