Euthanasie : quand le service public relaie le récit des promoteurs de l’euthanasie
L’information n’est jamais totalement neutre. Le choix des mots, des témoignages, des experts et même des silences façonne la perception d’un événement. Sur un sujet aussi grave que la légalisation de l’euthanasie, le service public devrait donc redoubler de prudence afin de présenter loyalement les différents points de vue. Or le traitement réservé par France Info à l’adoption de la loi créant un « droit à l’aide à mourir » donne le sentiment d’une information davantage orientée vers l’adhésion que vers le débat.
Pour illustrer l’entrée en vigueur de cette réforme, le média public a choisi de mettre en avant le témoignage bouleversant d’une femme atteinte d’une maladie dégénérative, favorable à l’euthanasie. Personne ne conteste la réalité de sa souffrance. Mais la compassion ne peut dispenser d’informer. Car d’autres malades, tout aussi éprouvés, disent au contraire craindre que cette loi ne fasse progressivement peser sur les plus fragiles une pression implicite à « choisir » la mort plutôt que de devenir une charge pour leurs proches ou pour la société.
Ces voix, comme celles de nombreux médecins en soins palliatifs, de juristes, d’associations de personnes handicapées ou de spécialistes de l’éthique médicale, étaient quasiment absentes de cette présentation. Plus frappante encore est l’absence de la position de l’Église, qui a pourtant dénoncé une « rupture grave dans l’histoire de notre pays » et rappelé que la véritable réponse à la souffrance réside dans le développement des soins palliatifs et de l’accompagnement, jamais dans l’administration délibérée de la mort.
Le choix des mots mérite lui aussi d’être interrogé. Présenter les conditions d’accès à l’euthanasie comme « strictes » revient à reprendre l’argumentaire des défenseurs de la loi alors même que cette affirmation est vivement contestée. Si ces garanties étaient aussi incontestables qu’on le prétend, pourquoi le Conseil constitutionnel a-t-il été saisi afin d’examiner précisément leur conformité aux principes fondamentaux de notre droit, notamment la protection de la dignité humaine ?
Les interrogations sont loin d’être théoriques. La loi retient des notions dont l’interprétation demeure largement ouverte, comme la « phase avancée ou terminale » d’une maladie ou la souffrance jugée insupportable par le patient. Plusieurs parlementaires, y compris au Sénat, avaient d’ailleurs tenté de renforcer les critères d’accès avant que l’Assemblée nationale ne rétablisse une version beaucoup plus permissive. Présenter aujourd’hui ce dispositif comme parfaitement verrouillé ne relève pas d’un simple constat : c’est déjà adopter une lecture favorable du texte.
La désinformation ne consiste pas uniquement à diffuser des informations fausses. Elle peut aussi naître d’une présentation déséquilibrée de la réalité, lorsque certains témoignages sont systématiquement valorisés tandis que d’autres sont passés sous silence. À force de privilégier l’émotion dans un seul sens et d’effacer les objections médicales, juridiques, philosophiques ou spirituelles, le débat public se trouve inexorablement orienté.
Sur une question qui engage le respect de toute vie humaine, les Français sont en droit d’attendre davantage d’objectivité de leur service public. Son rôle n’est pas d’accompagner l’acceptation culturelle de l’euthanasie, mais de permettre un véritable débat démocratique en donnant toute leur place aux arguments contradictoires. Lorsqu’un média financé par tous adopte spontanément le vocabulaire et les présupposés des promoteurs de la mort provoquée, il cesse d’être un simple observateur. Il devient, qu’il le veuille ou non, un acteur de cette évolution de société.
Adèle Cottereau
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