« Donner la mort n’est pas un soin » : l’alerte d’un pharmacien hospitalier
Le débat sur l’« aide à mourir » est trop souvent présenté sous l’angle de la compassion, de l’autonomie ou du libre choix. Mais derrière les slogans et les formules pseudo-rassurantes se cache une réalité médicale beaucoup plus complexe, rarement exposée au grand public. C’est ce que rappelle le docteur Agnès Certain, pharmacien hospitalier à Paris, dans un entretien accordé au Journal du Dimanche.
À ses yeux, les Français ignorent largement ce que recouvrent concrètement les pratiques d’euthanasie et de suicide assisté déjà mises en œuvre dans plusieurs pays. Car il ne s’agit pas d’un simple « accompagnement » de la mort, mais d’un protocole médical visant délibérément à provoquer l’arrêt des fonctions vitales.
Dans la plupart des pays ayant légalisé ces pratiques, plusieurs substances sont utilisées successivement : un anxiolytique pour diminuer l’angoisse, un produit destiné à plonger la personne dans une sédation profonde, puis un curare, une molécule qui provoque la paralysie des muscles respiratoires.
La pharmacienne résume cette réalité par une phrase frappante : « S’il faut autant de produits, c’est parce que le corps, lui, se défend. »
Cette remarque soulève une question essentielle. Car même lorsqu’une personne exprime le désir de mourir, l’organisme humain conserve naturellement des mécanismes de survie. Les protocoles euthanasiques ne se contentent donc pas « d’accompagner » une mort déjà en cours : ils cherchent à neutraliser ces réflexes vitaux. Loin de l’image d’une mort douce et paisible souvent présentée dans le débat public, il s’agit d’un processus médical complexe destiné à provoquer la mort.
Le docteur Certain rappelle également que l’expérience des pays étrangers montre que ces procédures ne se déroulent pas toujours de manière idéale. Dans le cas du suicide assisté par voie orale, des complications peuvent apparaître : vomissements, convulsions ou délais particulièrement longs avant le décès.
Selon les données qu’elle cite, près d’un tiers des décès obtenus par ingestion du produit létal nécessitent plus d’une heure avant de survenir. Certains peuvent même durer plusieurs heures, loin de l’image d’une mort rapide, maîtrisée et sans difficultés.
La question du curare soulève elle aussi de sérieuses interrogations. Ce produit, utilisé quotidiennement par les anesthésistes, provoque la paralysie des muscles respiratoires. Son usage dans le cadre d’une euthanasie pose inévitablement la question du déroulement réel de l’acte et des garanties offertes à la personne.
Mais l’inquiétude d’Agnès Certain concerne également les pharmaciens eux-mêmes. Si le projet de loi français venait à être adopté, ils seraient chargés de préparer et de délivrer les substances létales. Or, contrairement à d’autres professions médicales, ils ne disposeraient d’aucune clause de conscience spécifique.
Or, la pharmacienne le dit clairement : « Pour beaucoup d’entre nous, donner la mort n’est pas un soin. »
Cette affirmation résume l’inquiétude croissante d’une partie des professionnels de santé. Car derrière les mots d’« aide à mourir » se profile une transformation profonde de leur mission. Le médecin, l’infirmier ou le pharmacien ne seraient plus seulement appelés à soigner, soulager ou accompagner, mais à participer directement à l’administration de la mort.
À l’heure où le Parlement s’apprête peut-être prochainement à franchir ce seuil historique, le témoignage du docteur Agnès Certain rappelle une évidence souvent absente du débat : l’euthanasie n’est pas une mort naturelle ni un simple geste de compassion. Elle repose sur des protocoles techniques destinés à interrompre volontairement la vie.
Plus que jamais, un débat honnête exige que les Français connaissent cette réalité. Car une société qui choisit de faire mourir ne devrait jamais le faire derrière des mots qui masquent ce que les actes eux-mêmes révèlent.
Adèle Cottereau
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