Au moment où le projet de loi sur l’euthanasie poursuit son chemin parlementaire, un contraste saisissant apparaît dans le débat public. Dans les colonnes de La Croix, le chroniqueur Erwan Le Morhedec met en lumière une contradiction majeure : la création d’un droit opposable à l’« aide à mourir », alors même qu’un tel droit est refusé pour l’accès aux soins palliatifs. Une incohérence qui, selon lui, révèle bien plus qu’un désaccord technique : elle dit quelque chose de l’état moral et politique de notre société.
Il observe qu’au fil des discussions, une ligne de fracture s’est dessinée autour de la notion de « droit opposable », traitée différemment selon qu’il s’agit d’accompagner la vie ou d’organiser la mort. Les parlementaires opposés à l’euthanasie ont ainsi refusé d’instaurer un droit opposable aux soins palliatifs. Politiquement, écrit-il, « cela s’entend : la poudre aux yeux n’est pas un soin ». Il décrit même le texte sur les soins palliatifs comme « un subterfuge, un paravent, un peu d’huile pour tapisser l’estomac avant d’administrer la potion amère de l’euthanasie ».
Le rappel historique est accablant. La loi du 9 juin 1999 visait déjà à « garantir le droit à l’accès aux soins palliatifs ». « “Garantir” : il n’y a pas d’engagement juridique plus fort », souligne-t-il. Pourtant, un quart de siècle plus tard, la réalité demeure cruelle : « plus de 50 % des Français n’ont pas accès aux soins palliatifs dont ils auraient besoin » et « 500 d’entre eux meurent chaque jour sans en avoir reçus ».
Les annonces ministérielles se sont succédé — une unité de soins palliatifs dans chaque département d’ici fin 2024, puis fin 2025 — mais, constate-t-il, « personne, sur le terrain, ne pouvait trouver dans ces promesses une once de sincérité ».
À l’inverse, les promoteurs de l’euthanasie ont obtenu gain de cause. « Ils ont obtenu la création d’un droit opposable à l’“aide à mourir” », note-t-il. Et le dispositif va loin : « un médecin qui refuserait de la pratiquer devrait obligatoirement et “sans délai” vous adresser à un autre », avec possibilité, en cas de refus persistant, de « saisir les tribunaux ».
Le constat est cinglant : « La France ne peut vous garantir un droit opposable aux soins… Mais à la mort, ça peut le faire. » Une formule qui résume le malaise. Il ajoute avec ironie : « La France peut se rengorger : voilà une demande qu’enfin son budget permet de satisfaire. Il ne faut qu’une injection, il ne faut qu’un soignant. »
Dans le même temps, le plan grand âge est à nouveau reporté, le délégué interministériel à la santé mentale n’est pas remplacé. « L’une après l’autre, chaque “grande cause nationale” est abandonnée et, avec elles, ceux qui souffrent. »
Sa conclusion résonne comme un avertissement : « On s’enorgueillira de leur offrir un choix, une ultime liberté, celle de mourir. Eh bien, dis-moi, Liberté, je vois que ça ne s’arrange pas : que de crimes on commet en ton nom. »
Adèle Cottereau
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